Je suis celui que le silence suit

 

 

 Je suis un jardinier normal ; comme tous les normaux, à chaque automne, je retourne mon lopin de questions. J'enfouis ce qui reste de sens, l'année prochaine, parfaitement décomposé, il reviendra en surface. Il y a toujours quelque chose a récolter et à manger, alors je me récolte et je me mange ; le temps d'une digestion et je rajoute encore quelques crottes de bon sens à mon compost. Quand j'aurai retourné tout le champ, les lombrics se mettront au travail du concept, ils moulinent quand je dors, ils moulinent quand je me parle, ce sont les amis des jardiniers normaux.

On dit que sept périodes de gel détruisent les pensées parasites. En général, ce sont les jardiniers écrivains qui disent ça, les plus fous se risquent à l'écrire.

Il y a par ici des jardiniers qui se proclament normaux et qui pourtant labourent au printemps, juste avant que l'ivraie n'essaime ; où iront-ils chercher le gel qui brûle les racines des mauvaises réponses.

Je ne crois pas à la légende des sept périodes de gel. Cependant un jardinier normal ne retourne pas des questions gelées. Quel bien y aurait-il à enfouir sa froideur?

Dans notre confrérie nous mettons les semences en commun, nous appelons ça faire sablier. Lorsque les pluies et les neiges d'hiver passent sur le corps nu de notre mère, nous nous réunissons autour d'un bonsaï calciné ; nous reposons nos corps en discourant sur les souffles qu'on entend au dehors : claquements de portes, bris de paupières des vagabonds.

Quand j'étais enfant, la bêche était plus haute que moi, je voyais les retourneurs de questions comme des surhommes. Un jour, j'ai vu une naine qui s'était fait construire un outil à sa taille, et elle allait jusqu'au bout de son jardin ; ce qu'elle récoltait a envahi vos livres, vous broutez son persil.

Un jour je ne serai plus de force à remettre chaque année le sens dessus dessous. Mes enfants ne veulent plus s'occuper des questions tellement ils ont à faire avec les réponses. Il va falloir que je trouve quelqu'un, sinon, que deviendrait mon compost, et mon lot de semences dans le sablier ? Quand j'aborde cette question dans les réunions, les autres jardiniers baissent la tête ; je vais aller faire un tour du côté des jardiniers écrivains : normaux ou pas, il y en aura bien un dont le morveux pourrait prendre la relève.

 

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