Je suis celui qui écrit : Je suis

 

 

J'ai beaucoup de mal à vous écrire cette lettre, j'ai peur que vous ne puissiez la lire, vous avez tant de choses à faire ou à défaire ; et puis, voilà revenu le temps des promenades. J'ai les mots sous la langue mais je mange mon souffle, vous savez ce que c'est, il y a des cas plus difficiles, il y a des cas plus désespérants. Un jour, on devient fou. Au début, on se fait habiter au pavillon des agités. Les choses sont vues comme ça : des murs qui, traversent la tête, on pourrait dire murmurent, facile, ça viendra. Et puis, les doigts dans le groin pendant que la main extérieure vous fouille le pyjama, pour arracher, pour fouiller ou pour montrer ; vous cherchez une corde, votre regard du temps ou vous étiez encordé, on vous a tout enlevé. Vous connaissez la littérature sur le sujet, si vous y tenez nous en reparlerons un jour, dans le noir, pour reprendre sur nous. Ca finit par se calmer, vient le temps où vous n'êtes plus dangereux ni pour les autres ni pour l'autre soi-même que vous menaciez, alors, on vous déplace chez les malades normaux ; vous savez ce que c'est. Lors d'une visite, le docteur a dit à ses assistants que vous devriez écrire. Oui, je. Il ne demande pas ça à tous les autres, il a regardé ses dossiers : il y avait les lettres, surtout les dernières, celles qui étaient envoyées sans trop de chances d'être lues, les gens ont tellement de choses à faire ou à défaire. Ecrire ? On ne sait plus, on est trop mou, il y a le ciment, les médicaments. On écrirait sur quoi, sur le fait qu'on est un mauvais sujet, qu'on sera toujours hors sujet ? Le docteur nous rassure, on a le temps, le temps reviendra, on se déroulera de nouveau, on écrira sur ce qui se déroule. Pendant longtemps on regarde le paquet de feuilles blanches, on regarde sa main, sans souvenirs. Une nuit, on entend un chien aboyer pendant des heures. On se met à table, on va retrouver la façon de parler, on écrit ouah ouah, on se recouche ou on vous recouche, on a les yeux qui brûlent, l'infirmier a les yeux qui brillent. Le lendemain on peut encore entendre le chien, l'imaginer, l'imaginer. On écrit plusieurs pages de ouah ouah, mais on ne les montre pas, on attend de faire des progrès. Un jour, pendant la visite, on dit " je ne suis pas un chien ", et on l'écrit de facto, comme vous dites. Le docteur est content, vous savez ce que c'est. Il fait un petit cours de littérature à ses assistants : " JE n'est pas un chien, c'est un très bon début, il y a beaucoup de romans qui n'ont pas d'aussi bon début. "

La vie n'est pas un roman, on écrit je suis, ça ne suffit jamais. On cherche à écrire des histoires de chiens qui courent après leur queues, on pourrait faire un policier : l'accident de la moto-crotte… Mais par ailleurs, tout continue, les gens ont tant de choses à faire ou à défaire. 

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