J'essuie le peu que je peux

 

.

 

Comme un enfant autour de l'arbre qu'il a élu, j'ai couru autour de mon amour. L'infini qu'il portait me traversa, je dus fuir, sans me retourner comme on dit. Ainsi s'enfuit l'agnelle que l'on emmène pour la première fois dans un petit désert. Cette suée, cette rosée, sera-t-elle un jour la mienne, sera-t-elle un jour la vôtre ? Mon amour, l'agneau, la suée, je voudrais essuyer tout ce que je peux, avant que ne passe la main du boucher, en attendant le regard habité du chaland devant l'étal.

Autour de mon amour j'ai couru, dans tous les sens, on disait courir comme un fou. Etait-ce bien une agnelle que l'on amenait au petit désert ? Je ne veux pas parler du bouc émissaire ; je ne suis pas assez collée au monde pour avoir un avis sur le bouc émissaire. Si ce n'était la fille de la brebis , était-ce une génisse, une petite chienne ? Quel nouveau-né totémique conduisait-on dans mes petits déserts ?

Hasard ou sens ? J'ai vu l'homme des questions retourner le champ ;le lendemain il est venu l'épierrer. Il parlait à chaque caillou avant de le jeter au pierrier. Je pense à tout ce qui est maintenant en dessous, à hauteur de soc. Il y en aurait à dire sur tout ce qui est en dessous ! il y en aurait de la mousse de parole à essuyer.

Il y a des touristes, ils passent vite mais s'attardent devant les étals. Que leur a amené le boucher en ce jour heureux, que leur a-t-il ramené des confins du désert ? L'agneau bouclé ? Le veau savant ? Le sosie de cerbère ? Les touristes s'emparent de tout ce que j'essuie et réinvente : les blés gonflés comme mes langues, l'alouette qui essaie de m'apprendre à voler. Tit ouit, tit ouit, tit ouit. M'apprendre à parler.

J'ai vu des touristes courir autour de leur amour ; on dit amour de vacances, amour du vide. J'ai vu des touristes parler aux alouettes, saliver sur du pâté d'alouettes : un cheval une alouette -tit ouit - tit ouit - tit ouit. J'ai vu des touristes ramasser des pierres dans le champ de l'homme aux questions. J'en ai même vu s'atteler à la charrue, hue dia, un cheval, une alouette.

Je n'ai jamais tout à fait l'esprit libre, pas assez de vacance, je sais qu'il y a des choses auxquelles je ne peux m'atteler. Je sais ce que je peux, j'essuie le peu que je peux.

retour vers ensemble

portrait précédent

HHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH

portrait suivant


musées

mises en boîte

reliefs de livres

derniers travaux

parcours

contact

liens

aaaaaaaaaaaaaaaa

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

 

aaaaaaaaaaaaaa

aaaaaaaaaaaaaaaa

a

aaaaaaaaaaa