Je suis celui qui déçoit

 

Moi qui voulais devenir un être solaire, me voilà maintenant tanneur d'abat-jour. En ce moment, c'est le poisson qui est à la mode, alors la nuit je pêche, le jour je tanne mérous et sardines. Pour les petits poissons, il m'en faut une bonne palanquée pour procurer la semi-obscurité à toute une tribu : que ce soit pour les jeux d'ombres d'amants, les yeux fatigués des vieillards, ou pour bluffer la peur du noir des enfants. Toujours est-il que je n'ai pas un instant à moi, et c'est encore avec le bris des vagues plein la tête que je passe mes journées assis sous la lucarne. J'ai tellement besoin de lumière ! Dans mon travail d'assemblage, je vise l'excellence de l'écaille par écaille. J'ai tellement besoin de lumière !

Lorsque j'ai commencé à patauger dans le labyrinthe, j'ai trouvé tout de suite le fil, et bien que mes mains soient aussi boueuses que le sol (on se prend quelquefois les pieds dans le fil conducteur), je n'ai jamais lâché le cadeau d'Ariane. Je n'ai pas trouvé la sortie ; et comme à force de répéter, Ariane, Ariane, je risquai de tomber dans l'arianisme, j'ai pris une voie de garage. C'est là que j'ai trouvé ma mer, mes filets et les clients pour le produit de ma pêche. Si je ne suis pas devenu un grand poissonnier c'est parce qu'il me plaît de compliquer les choses.

Il m'arrive de trouver le bonheur à tirer ainsi l'aiguille tout en rêvassant à ma prochaine pêche ; je parle dans le vide, et j'aime regarder mes paroles. Je ne reste jamais seul longtemps, le gargouillis de mes rêves attire du monde et ma porte est toujours ouverte ; peu importe si les sourires qui alors m'entourent sont des sourires de disciples, de soignants, ou de clients. Je cherche toujours à décevoir mon auditoire : je me lève, je dresse mon tabouret vers le ciel à la façon d'un commissaire-priseur qui ne saurait plus s'il propose à la vente un objet d'art ou l'infini qui sert de toile de fond à l'art. Et pour hâter la fuite de tout ce petit monde, j'entame parfois un discours sur le principe d'émotion suffisante. Lorsque enfin je parle seul, je regarde mes mots disparaître par la lucarne, ensuite je reprends mon travail à la dernière écaille ; parfois le cur y est, parfois il n'y est pas.

 

 

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