Je suis le mort-né

 

Ils lui laveront les paupières mais ne feront aucune tentative pour les décoller ; on ne soufflera même pas dessus. Ils disent que ça verra toujours assez. Je ne sais pas si les embaumeurs parlent du cadavre ou de ceux qui tournent autour. Curieuse idée que d'avoir peint un ciel sur le cercueil, enfin c'est le moins qu'il pouvaient faire pour cet homme qui quitta ce monde sans avoir vu tout à fait le jour. Celui qui jamais n'exista, l'un de ceux qui n'entrent dans aucun conte mais qu'on rencontre un peu partout : souriants, désirants et désirables à leur manière qu'ils soient alpinistes ou mineurs de fond. Aujourd'hui il y a beaucoup plus d'alpinistes que de mineurs, du moins dans nos pays très touristiques ; mais la montagne fait aussi payer un lourd tribut aux amateurs de roches, comme la mine en son temps. Beaucoup de puits ont été fermés et dès le jardin d'enfants on prépare les conquérants de l'inutile : alpinistes, remplisseurs d'écrans, videurs de poulets, epeleurs de grands textes, enfin tous ceux que l'on appelle les mornes, je ne fais que boucher le poussoir plus au fond en les appelant les morts-nés. Je pousse le bouchon un peu loin, ils ne sont peut-être morts qu'à quelques centièmes près ; ça laisse de la marge et l'espoir est toujours dans la marge. Je n'en ai pas l'air, mais j'aime l'être, en chaque être je me vois naître, en chaque être me vois mourir : ça crée des liens. Ce n'est pas sans danger ; hier un mort-né plutôt costaud a voulu me casser la gueule, je regardais avec un peu trop d'insistance la morne accrochée à son poignet.

 

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