Je suis le souffleur de souffrance

 

Vers la fin des années soixante, le pavillon des tuberculeux de l'hôpital Sainte Marguerite possédait encore des salles de quarante ou cinquante lits. Lorsque j'y fus admis, on commençait à peine à les compartimenter en boxes pour deux malades ; les cloisons étant fines et basses, j'appris très vite à reconnaître chaque malade à l'oreille, si loin qu'il fut dans la salle : Chacun avait sa façon de cracher, de tousser, de ronfler ou de s'étouffer.

Chaque matin, un petit homme jovial ramassait les boîtes en carton remplies des crachats de la nuit, il nous félicitait lorsqu'elles étaient pleines ; il fallait tout sortir, c'était là pour lui un signe de guérison. Quand il arrivait au bout du couloir, les filles de salle nous amenaient un bol d'eau plus ou moins chaude accompagné d'un sachet de chocolat en poudre. Le jour de mon arrivée, alors que je cherchais à m'accrocher à la lecture du zéro et l'infini, mon compagnon de chambrée m'offrit une quantité incroyable de sachets de chocolat ; il n'aimait pas ça mais il les avait conservés, on ne sait jamais. Tu es jeune me dit-il, un sachet ce n'est pas assez à ton âge. Il passait ses journées les yeux mi-clos, il toussait très peu et ne paraissait pas souffrir. De temps à autre, il se tournait vers moi, me regardait en souriant et disait que j'avais raison de lire, jamais il ne me demanda ce que je lisais. Il mourut une dizaine de jours après ; je crois que l'on évacua le corps pendant que je subissais un pneumothorax.

Je voulais aimer Marie ; Marie ne voulait pas de moi. Elle vint pourtant me rendre visite. Je ne comprenais pas ce qu'elle voulait, j'aurais voulu toucher ses seins ou au moins effleurer le voile bleu ; mais de l'amour elle ne voulait que l'infini.

Me croyant condamné, je m'échappai de l'hôpital, si je retenais mon souffle, toutes les femmes n'ouvriraient-elles pas leurs bras ? J'ai eu des colliers de bras, Marie a disparu. Je suis là, je ne souffle pas toujours sur la souffrance ; je souffre encore du manque de souffle, mais je sais maintenant sourire comme le vieil homme qui me regardait lire.

 

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