Je suis l'évadée du tiroir

 

Ce matin, je décore ma cellule : bas-reliefs en mie de pain, blattes d'or et peut-être un monochrome avec mes larmes. Ce sera juste pour le plaisir, plaisir des yeux, plaisir des doigts ; un peu aussi pour faire illusion, qu'ils me croient tranquille, car dans quelques jours je commence à creuser mon tunnel. Je ne pense pas qu'ils puissent m'entendre saper à la cuiller le mur mitoyen de l'existence. Je me suis persuadée qu'ils ne connaissaient rien aux musiquettes de l'évasion. Depuis que la musique moderne est entrée dans cette tôle, les matons rivalisent à qui saura le mieux percevoir le chuintement de la cire dans l'oreille du collègue de coursive : ils appellent ça l' Introversion de Cage. Rien que ce nom Cage, dans un lieu d'enfermement, moi c'est la puce que ça m'a mis à l'oreille. Un mois pour creuser le tunnel, et à nous ce qu'ils appellent liberté.

J'ai tout prévu, si je suis découverte, après mon passage au mitard, je me remettrai au droit et je demanderai la révision de mon procès. Je démonterai d'abord la multitude de vices de forme qui ont émaillé les audiences, ensuite il me sera facile de prouver que je n'étais pas là le jour de l'affaire, car ce jour n'a jamais existé. Pour le mauvais regard que j'aurais soi-disant lancé vers l'absence sacrée, je n'aurais qu'à me tourner vers la foule des juges, qui pourra m'accuser de savoir regarder ailleurs qu'en moi-même ? Ils chercheront à me mettre des bâtons dans les roues, je les vois d'ici protégés par le droit de leurs livres ; belles couvrantes rouges, mais que du blanc à l'intérieur. Et si je me mêle de réinventer la loi, je n'ai pas fini de m'enliser dans le gras de leurs rires.

J'ai tout prévu, je vais me laver et me laver encore. Quand je brillerai comme l'espérance, tous les gardiens me prendront dans leurs bras, ils me porteront chez le directeur de la commode, une fois dans son coin, je n'aurai aucun mal à séduire la terreur des tiroirs. Je sais qu'il garde un plan du labyrinthe à l'envers d'une photo qui a été prise pour notre mariage, à moins que ce ne soit lors de l'enterrement des filles.

J'ai tout prévu. J'aurai toujours l'ultime recours de me faire passer pour folle, ils ont peur de la contagion. On me sortira du tiroir des raisonneuses, ce sera toujours ça de pris, pour la suite j'improviserai. Disons que je me barbouillerai de sang, je sais où le trouver ; la main étrangère me prendra par la main et je passerai toute entière. Je me souviens de ce qu'a écrit la main étrangère : Mais tu es libre voyons, libre comme une lointaine, libre d'aller et revenir, libre de te prendre par la main, libre de décorer le monde, libre d'écrire les droits de la poésie et la poésie du droit, libre de séduire les hommes qui s'assoient sur les commodes, libre de manger ta main et de garder l'autre pour demain.

 

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