J’étaie celui qui se tait

 

Décollée sa langue, donnée au chat, au diable, ou à un autre surveillant. Donné en gage son langage : il y avait trop à dire. Trop à louer, trop à médire ; ça ne pouvait plus passer.

Ce qu’on ne peut dire, il faut le traire. Seulement, on lui a arraché les mamelles, a moins qu’il ne se soit

mutilé lui-même dans un mauvais sursaut.

Tu vois ce que je veux dire ? Lui ne voyait pas ce qu’il fallait dire ; il avait pourtant appris à tourner de

l’oeil afin de voir clair en lui-même. Lorsque l’âge et son cortège de sagesses venant, il en était venu au

désir de clarté, la grande bouche extérieure qu’il n’avait pas entendu s’ouvrir, avait aussitôt aspiré son

regard.

Le monde est bien fait : moi je suis là pour étayer celui qui se tait. Oh, il n’est pas question d’altruisme,

ni de discernement quant à la divinité des idiots ! Mais, j’avais des bonnes poutres à revendre ; je ne

savais qu’en faire, et à quoi bon soutenir le plafond des grottes ou d’autres lieux de reflexions. Je trouve

trop étrange ce qui se pense à côté de moi. Je préfère le silence saturé de sous-entendus de celui que

j’étaie. Que celui qui a des oreilles les mette à l’étendoir.

Je risque ma peau, mais seulement d’un côté, car jamais il ne parlera de mon soutien, même s’il n’avait

que ça à dire, ce qui pour lui n’est pas rien, d’ailleurs d’autres en feraient un roman : verticales,

transversales, négations de l’écroulement......

De temps à autre, des passants ou d’autres espèces de lecteurs essaient de me piéger ; un prestidigitateur est ainsi parvenu à faire disparaître mes mains pendant que j’applaudissais son discours sur l’art du hasard. Mes manches ne sont pas restées vides longtemps, celui qui se tait a incliné la tête vers la question qui cloue les érudits. Il m’a surtout montré les clous mais ça suffisait, mes mains sont revenues, ce n’était pas une question de mains.

Ce taiseux est un sans-dieu. Il a pourtant peur des éclairs, et plus encore de la pluie et des mousses qui

avec le temps parasitent l’esprit. Alors il prie pour éviter le pire, pire n’est-il pas fait des mêmes lettres

que prie. Bien qu’il fasse ça en silence, il a très vite su que je savais avec quoi il laçait son temps.

Comme il était aussi libre penseur, il a eu honte et j’ai eu honte de sa honte, ça nous à fait chanceler tous

les deux . Et puis pour remettre mes pieds en bas et sa tête en haut, je me suis dit qu’il priait pour que

revienne le temps des cerises.

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