La dernière motte

 

 

Retourne le mot motte, pioche-le avec ardeur et ratisse au plus fin ; à la belle saison, tu auras le mot totem.

Retourner, retourner vers sa propre source, ne pas y boire sans soif. Retourner, retourner le jardin d’Eden, retourner l’idée qu’on s’en fait ; et lorsque l’idée sera bien reposée, lui greffer des ailes. Retourner, retourner le miroir, détourer l’être qui s’y trouvait tapi, détacher les reflets : c’est bien toi, c’est bien moi ? Retourner, retourner à l’art pour l’art ; mettre l’arrosoir à l’envers, c’est si beau un arrosoir à l’envers au milieu de ton paradis. Retourner, retourner l’arrosoir et vivre de rosée.

Retourner, retourner à son livre, retourner à ses marges, entre les lignes aussi retourner le non-dit. Retourner, retourner le pré-texte, ne plus tourner autour.

 

Écrit sur le bêcheur

 

Encore toi ? Oui, encore toi : moi ? A chaque automne, tu t’étonnes d’avoir les mêmes mottes de mots à retourner cul par dessus tête. Retourner toujours le même lopin en retournant ta langue. Quand ton regard s’élève un peu, tu ne manques jamais cette inscription en travers du ciel (si l’on peut appeler ciel l’au-delà du bout de ton nez) : L’écriture est vraiment de la cochonnerie. Et si du même regard, tu retournes à ton coeur, à ta bêche, tu te demandes alors si cette sentence n’est pas écrite avec la glèbe qui te colle aux pieds.

Encore la même parcelle de l’être à retourner avant les gelées, ce qu’on appelle défoncer l’être. Les bons jardiniers (les vivants entiers) formulent autrement leur travail, ils appellent-ça : remettre le petit eden en place avant l’hiver.

Chaque motte retournée a comme un parfum d’avril ; que d’espoir bon jardinier, que d’espoirs ! Oublie le dernier été qui n’aura pas sa suite d’automne, oublie le dernier automne sans repos hivernal (et ce n’était pas de tout repos que d’avoir à réinventer fleurs et fruits à chaque long sommeil). A quoi bon la peine que prend le jardinier sous le soleil, toujours les mots se suivent : la mort dans l’âme, l’âme hors de l’âme. Et tu suis ton regard, et tu pèses tes yeux. Bêche de tout ton coeur, retourne ce qui t’atterre.

Serais-tu le dernier homme qui bêche le dernier paradis en clignant des yeux ?

Qui l’année durant va mâcher et remâcher ces mots : cette terre d’être ou de peut-être que tu as retournée ? Tu n’es pas seul jardinier, ton ami le lombric travaille sous tes pieds ; à lui seul il va mouliner une charretée d’être grossier, profitant bien sûr de tout le fumier que tu as laissé. Bien creusé, vieux lombric, prends chaque mot au pied de la lettre, au pire de l’être.

Chaque motte du moi aura son content de graines ; pour peu que l’on prenne la peine de se semer, de s’oublier soi-même. Mais, avant de semer, il faut émotter, tâche fastidieuse et éreintante s’il en est ; Flaubert ne se plaignait-il pas d’avoir à piocher sa Bovary ! C’est au printemps que l’on casse les mottes de mots, le terrain ne doit pas se trouver trop lourd ni trop sec ; et s’il fait chaud, on peut toujours se réjouir à l’idée de humer l’aisselle des piocheuses. Mais, il n’y a rien de plus absurde que de travailler ainsi mot à mot, alors que la plupart des bons jardiniers se sont déjà dotés d’un mot-occulteur.

Et ce fumier qu’il a fallu mendier auprès des propriétaires de paroles vraies et de paroles belles ! Ce fumier qu’il a fallu brouetter, antoiser, répandre. Des vaches, il n’y en a pas tellement par ici ; bien souvent j’ai du aller cueillir le fertilisant sous le cul des tigres, disons de très gros chiens. J’ai failli me faire dévorer plusieurs fois, sans parler de l’odeur ; mais il faut prendre des risques si l’on veut récolter des poireaux plus gros que son stylo.

 

Écrit à l’envers

 

On a beaucoup écrit sur la bêche des fossoyeurs : avant de creuser le trou dans lequel doit reposer le lecteur, ils détachent la surface du livre par petits pavés, prenant garde à ne point toucher aux racines. Tout sera remis en place après la cérémonie de lecture, qu’il y pousse ensuite chiendent ou ray-grass, ce n’est pas à eux d’en juger.

   

relief de livre suivant

retour


musées

pré-têtes et pré-textes

mises en boîte

derniers travaux

parcours

contact

liens

aaaaaaaaaaaaaaaa

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa

 

 

aaaaaaaaaaaaaa

aaaaaaaaaaaaaaaa

a

aaaaaaaaaaa